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7 novembre 2011 1 07 /11 /novembre /2011 16:47

Le Suffren et la marine,

une longue histoire

 Le présent article fait un court historique sur la disparition du cuirassé Suffren survenue le 26 novembre 1916, dont l’association « Aux Marins » traite un certain nombre de dossiers des marins de l’équipage morts pour la France. A cette occasion, il a paru utile de rappeler en quelques mots la biographie de Pierre André Suffren, dit le Bailli de Suffren, qui a donné son nom à ce cuirassé, ainsi qu’à d’autres bâtiments de la Marine nationale.

 

Le cuirassé Suffren

 

Le cuirassé Suffren de 12728 tonnes (16500 cv - longueur : 126 m), construit à l’arsenal de Brest, est mis en service en septembre 1903. Le 1er avril 1914, il devient le navire amiral, d’une division comprenant également les cuirassés Saint-Louis, Gaulois et Bouvet, commandée par l’amiral Guépratte.

Le cuirassé Suffren va se distinguer le 18 mars 1915, au sein de la flotte française commandée par l’amiral Guépratte, lors de la tentative du passage en force du détroit des Dardanelles. Canonné par les tirs de l’artillerie turco-allemande, il est touché à plusieurs reprises. Quelques mois plus tard, alors qu’il se dirige vers Brest pour des travaux de remise en état, le Suffren est torpillé par le sous-marin allemand U-52, le 26 novembre 1916, et disparaît, corps et biens (près de 700 victimes), au large de Lisbonne.

 

Les actions de guerre de ce cuirassé lui ont valu deux citations, dont une collective, à l’ordre de l’Armée. Il a légué à ses successeurs la fourragère verte.

A ce jour, l’association « Aux Marins » a traité les dossiers de 14 marins du Suffren péris en mer.

Suffren(02) 

Le cuirassé Suffren (source : site internet « forum 14/18 »)

 

A propos du Bailli de Suffren (1729-1788),

vice-amiral et commandeur

de l’Ordre

de Saint-Jean de Jérusalem

 

 

 

SuffrenNé près d’Aix-en-Provence, Pierre André de Suffren est cet illustre marin, admiré à l’étranger, en Angleterre plus précisément, notamment par ces actes de bravoure et ses talents militaires. En France, le jugement le plus célèbre est celui de Napoléon : « Oh ! Pourquoi cet homme [Suffren] n’a-t-il pas vécu jusqu’à moi, ou pourquoi n’en ai-je pas trouvé un de sa trempe, j’en eusse fait notre Nelson, et les affaires eussent pris une autre tournure, mais j’ai passé tout mon temps à chercher l’homme de la marine sans avoir pu le rencontrer... ». Ces paroles, de nombreuses fois citées, nous sont rapportées par Emmanuel de Las Cases dans le Mémorial de Sainte-Hélène. Elles témoignent de l’immense prestige dont jouissait le héros de la campagne des Indes et des regrets de Napoléon. Pourtant, Suffren a toujours fait en France l’objet de commentaires contrastés. Le même Las Cases se fait l’écho des nombreux officiers de marine qui détestaient Suffren et surnommaient ce dernier le « gros calfat » en raison de son physique, mais aussi de son comportement.

Bien que né près d’Aix-en-Provence, le Bailli de Suffren est aussi considéré comme un enfant de Saint-Tropez où il a souvent demeuré ; ne dit-on pas à son sujet le « Suffren de Saint-Tropez ». Bref, nous dirons que ce marin fait honneur à la France et particulièrement à la Provence (source : site internet et ouvrage : « Les prouesses du Bailli de Suffren » par Georges Lecomte de l’Académie française).

St Tropez     

Le port de Saint-Tropez en 1909 (collection personnelle)

Sur la droite apparaît la statue du Bailli de Suffren.

 Dans le port on distingue des torpilleurs de la Marine nationale

 lors d’une visite de l’escadre.

De nos jours, les flamboyants yachts ont remplacé les bateaux de pêche

 et les bateaux militaires qui venaient en visite, notamment chaque année

 le 17 mai,  lors de la fête du village : « la Bravade de Saint-Tropez .

 

Rappelons que par cette fête, les Tropéziens vénèrent leur glorieux patron, le capitaine Torpes, grand officier de la cour de Néron qui le fera décapiter, en l’an 68, parce que converti au christianisme. Le corps, sans tête, de Torpes fut alors mis dans une barque, avec pour seuls compagnons un coq et un chien. La barque glissa sur l’Arno et vint s’échouer sur les rives de la presqu’île où des mains pieuses recueillirent ce corps décapité. Cependant, par la suite, les restes de ce corps n’ont jamais été retrouvés. Torpes, martyr, devint Tropez et reste la figure légendaire de ce village.

Quant au coq, il fut retrouvé dans un champ de lins au milieu d’habitations. C’est ainsi qu’il donna le nom au village : Cogolin.

Un parallèle peut être fait avec le martyr Saint-Mathieu de Fine-Terre, apôtre du Christ, dont les reliques auraient été dispersées. Allons plus loin dans l’esprit des légendes, en effet, la tête de l’apôtre Saint-Mathieu ramenée d’Afrique aurait fait l’objet de vénérations en terre du Léon : « et si la tête de Saint-Mathieu était celle du capitaine Torpes ? ».  »(Je crains que l’association des « Amis de Saint-Mathieu » n’apprécient que moyennement cet écart légendaire).      

     

Le Suffren du programme Barracuda

Le programme Barracuda (1) prévoit la livraison à la marine nationale de six sous-marins à propulsion nucléaire, de type sous-marin nucléaire d’attaque (SNA), entre 2017 et 2028. Il "représente 8,6 milliards d'euros et fournira du travail à plusieurs milliers de salariés tout au long de sa réalisation". Ce programme vise à remplacer les six SNA de type Rubis actuellement en service. Selon la DGA, l'assemblage de la coque du Suffren et du Duguay-Trouin, les deux premiers exemplaires de la série, se poursuit normalement au port constructeur de DCNS Cherbourg.

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(1) Le barracuda est un gros poisson carnivore pouvant atteindre 3 mètresde long avec une mâchoire inférieure proéminente aux grosses dents, de la famille des sphyrénidés, surnommé le « tigre des mers 

Sans titre-4

 

Ses caractéristiques sont :

Déplacement en surface : 4 650 tonnes

déplacement en plongée : 5 100 tonnes

longueur : 99 m

diamètre : 8,8 m

propulsion : un réacteur à eau pressurisée de type K15 porte-avions Charles-de-Gaulle  et sous-marin nucléaire lanceur d’engins type Le Triomphant.

immersion : supérieure à 350 m

équipage : 60 personnes (il n’est pas exclu que ce type de bâtiment embarque un équipage mixte masculin/féminin ; les dispositions architecturales ont été prises en ce sens).

Le système de combat du Barracuda  mettra en œuvre les armes suivantes, dès le premier exemplaire livré :

le missile de croisière naval de frappe contre la terre ;

la future torpille lourde F 21 ;

le missile anti-navire de surface SM 39 dont la durée de vie sera prolongée.


 

Les bâtiments ayant porté le nom de Suffren

Sources : « Des noms sur la mer » de l’ACORAM,

le site internet « netmarine »,

les croiseurs en images de Jean Moulin – Marines éditions)

 

            Le cuirassé Suffren du début du texte est le cinquième Suffren.

            Le premier Suffren (1791-1794)

est un vaisseau de 74 canons, construit à Brest, armé au milieu de 1793. Rattaché à l’escadre du vice-amiral Morard de Galles, il fit partie des vaisseaux dont les équipages se mutinèrent. Il est débaptisé en 1794 et devient le Redoutable ; il participe alors à la bataille de Trafalgar, sous le commandement du capitaine de vaisseau Luca. C’est depuis sa hune d’artimon que partit le coup qui atteignit l’amiral anglais Nesson.

            Le deuxième Suffren (2) 

(1801-1815) est un vaisseau de 74 canons, construit à Lorient. De janvier 1805, date de sa mise en service, à mai de la même année, il participe à la campagne de l’escadre Missiessy aux Antilles, au cours de laquelle les forts de la Dominique et de Saint-Christophe furent détruits. D’août à novembre 1805, le Suffren, rattaché à l’escadre de l’amiral Allemand se distingue par la capture du vaisseau anglais le Calcuta. Il devient, en 1816, ponton-bagne à Toulon ; il est définitivement condamné en 1823.

            Le troisième Suffren

(1824-1865) est également un vaisseau de 90 canons, construit à Cherbourg ; armé en mars 1831, il est un des premiers vaisseaux à poupe ronde et murailles droites. Portant le pavillon de l’amiral Roussin, le Suffren prend part, le 11 juillet 1831, au forcement des passes du Tage. En 1854, au sein de l’escadre commandée par l’amiral Bruat, il participe aux débarquements de Crimée et de Sébastopol. A partir de 1855, le Suffren est utilisé comme vaisseau-école des matelots canonniers, puis en 1861, rayé des bâtiments en service, il est conservé comme ponton-caserne, et enfin il est débaptisé en avril 1865, en prenant le nom d’Ajax.

            Le quatrième Suffren

(1866-1897) est une frégate cuirassé du type Océan, construite à Cherbourg. Mis en service en 1875, équipé de huit chaudières cylindres et d’une machine à trois cylindres actionnant une hélice, ce bâtiment marque la transition de la propulsion à voile à l’emploi de la vapeur. Il est utilisé au sein des escadres du Nord et de la Méditerranée. Désarmé en février 1896, il est définitivement rayé des listes en juillet 1897.

            Le successeur au cuirassé Suffren est le croiseur Suffren (1930-1972),

de la classe des croiseurs de 10 000 tonnes, sixième du nom, construit à Brest, est mis en service en 1930. Affecté au sein de l’escadre de la Méditerranée, il est détaché ensuite, au printemps 1939, au sein des Forces Navales d’Extrême-Orient, où il prend part à la seconde guerre mondiale, en son tout début. En mai 1940, il rejoint la force X commandée par l’amiral Godefroy, destinée à opérer en Méditerranée orientale.  Resté immobilisé à Alexandrie pendant trois ans après l’armistice, il rallie Dakar, en septembre 1943, pour participer aux patrouilles exécutées dans l’Atlantique sud en vu d’intercepter les convois allemands. En octobre 1945, affecté aux forces de transport d’Extrême-Orient, il participe aux opérations du Tonkin, en particulier à Haïphong, le 6 mars 1946. De retour à Toulon en mars 1947, il est utilisé comme bâtiment-base. Il prend le nom d’Océan, le 1er janvier 1963, quand est mise en chantier la nouvelle frégate lance-missiles. Condamné en 1972, il est vendu à la démolition en Espagne en 1976.

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(2) D’après la source « Des noms sur la mer » de l’ACORAM, deux navires auraient également portés le nom de Suffren entre le premier et le deuxième Suffren : une flûte du commerce et une goélette.

Sans titre-5

Le croiseur Suffren dans la baie de Saïgon (en 1939).

Au premier plan, un sous-marin de 1500 tonnes (qui pourrait être l’Espoir ou le Phénix, sachant que ce dernier a été porté disparu en juin 1939 au large des côtes d’Annam).


      Le dernier et septième bâtiment (à ce jour) ayant porté le nom de Suffren est la frégate lance lance missile Suffren (D 602) construite à Lorient. Admis au service actif le 20 juillet 1968, ce bâtiment a un jumeau, la frégate lance missile Duquesne. Sa mission est d'assurer la protection d'une force navale contre les menaces aérienne, sous-marine ou de surface, et éventuellement d'intervenir contre la terre.

            A l'issue de sa première croisière d'endurance, il est intégré le 1er avril 1969 à l'escadre de l'Atlantique avec comme port base Brest. En novembre 1975, il rejoint Toulon et l'escadre de la Méditerranée, avant d'être affecté à la Force d'Action Navale. Le Suffren a été placé en position de complément depuis le 2 avril 2001. L'état général de ses équipements, en particulier de la propulsion ne permettait plus de garantir sa disponibilité pour un coût raisonnable. La dernière cérémonie des couleurs a eu lieu le 20 septembre 2001.

            Le Suffren a été transféré à la base navale de Toulon le 19 mai 2009 et a été condamné le 16 juillet 2009 (portant le numéro de coque n°Q 847). Sa coque est destinée à la déconstruction. Elle sera utilisée comme brise-lames à l'île du Levant à compter de l'été 2009, pour une durée de cinq ans. Le Suffren a été parrainé par les villes de Saint Tropez depuis octobre 1967, et Saint Cannat, ville natale de Pierre André de Suffren, depuis le 2 septembre 1989.

Remarque : ses tourelles d'artillerie ont été nommées en l'honneur de navires commandés par le marquis de Suffren : la tourelle n°1 est surnommée Héros d'après le Héros, et la tourelle n°2 est surnommée Fantasque, d'après le Fantasque.

Sans titre-6

La frégate lance missile Suffren dans le golfe de Saint-Tropez

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Kevorkian Georges     Article de Georges Kevorkian

Administrateur de l'association "Aux Marins",

pilote de la commission "recherches historiques"

écrivain, auteur de :

La flotte française au secours des Arméniens 1909 - 1915

Pour consulter sur notre blog l'article paru sur cet ouvrage, cliquer sur le lien ci-dessus

 

 

 

 

 

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