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22 octobre 2014 3 22 /10 /octobre /2014 22:11

 

C’est alors qu’il commençait à se faire connaître en tant que comédien, qu’il effectue à l’âge de 20 ans son service militaire dans la marine nationale...

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18 novembre 2013 1 18 /11 /novembre /2013 21:30

GRUISSAN, petit village de pêcheurs sur la Méditerranée, au pied de l'île Saint Martin et du Massif de la Clape , possède des particularités remarquables. Construit en circulade avec dans son centre la tour Barberousse et l'église Notre Dame de l'Assomption. En front de mer, la plage des chalets sur pilotis (site où a été tourné le film 37°2 le matin en 1986) surprend par son originalité. Les salins avec le musée du sel méritent une visite culturelle et gastronomique.

Vue de Gruissan

Le port de pêche est devenu une cité balnéaire à part entière, avec ses plages magnifiques, son nouveau port, ses marinas aux nombreux mouillages bien abrités des caprices de la Grande Bleue et son Centre balnéoludique haut de gamme.

            Amarrage Cimetière Marins-copie-1 

Mais une des curiosités historique est sans aucun doute le Cimetière Marin, baptisé "Allée des Naufragés" situé à environ 4 km. du port, auquel on accède par une petite route au milieu des bois de pins maritimes.

 

Il commence par un chemin caillouteux jalonné de 27 cénotaphes (*) parmi lesquels la stèle  à la mémoire des équipages des sous-marins Sybille, Minerve, et Eurydice, disparus en 1952, 1968, et 1970.

mms_img1078550564.jpg

Ces cénotaphes sont des tombes sans corps taillées dans d'humbles pierres de la Clape par un carrier du village, dressées à la mémoire des marins disparus en mer. Chaque "tombeau" porte les noms des marins et le récit de leurs naufrages avec pour certains la mention PPL (Priez pour lui). C'est bien une invitation au recueillement. 

    Louis Bonrepaux   François Ambert    Honoré Peironeille

Quelques-uns sont peints en noir et blanc car dans la signalisation maritime ces deux couleurs peuvent annoncer un danger.

La beauté du site et de ces édifices ne donne pas une impression de tristesse, mais plutôt une sensation de protection et de quiétude. Le chemin qui serpente dans la forêt avec les senteurs des pins, du thym, du romarin et le concert assourdissant des cigales en été nous fait accéder à la Chapelle Dame des Auzils (appelée aussi Notre Dame du Bon  Secours), laquelle veille sur le village et sur les pêcheurs. Elle est classée Monument Historique depuis 1964. Le Prieuré à l'origine de la Chapelle avait été construit en 1080, plusieurs fois restauré et notamment en 1979 sous la responsabilité d'un breton, Mr. Robert CASSIN, restaurateur des monuments historiques, lequel à l'aide de photographies a reproduit les ex-voto (*) et peint directement sur les murs de la Chapelle en utilisant la technique du trompe-l'oeil. L'illusion est parfaite et les ex-voto inviolables.

 Chapelle Notre Dame des Auzils à Gruissan-copie-1

En 1981, tous les Gruissanais étaient au rendez-vous pour inaugurer la Chapelle rénovée.

Notre Dame des Auzils a enfin retrouvé sa beauté d'antan. 73 ex-voto et 27 maquettes sont à nouveau en place.

Le site des Auzils (*), situé dans le Massif de la Clape est classé au titre des sites historiques depuis 1973. Ce massif était une île sous l'Antiquité, quand NARBONNA commerçait avec les Grecs et les Romains.

Au fil des siècles, la population des pêcheurs Gruissanais a la foi bien ancrée vouera à ce lieu unique un véritable culte. Visible de loin en mer, c'est vers lui qu'ils tourneront leur regard quand ils devront affronter les périls et le redoutable appétit du Golfe du Lion !

(*) Auzils : peut venir du mot latin Auzel, qui signifie "oiseau" ou auxillium traduit par "aide au secours", mais en occitan  "auzina" signifie chêne-vert, arbre trés présent dans le Massif de la Clape.

(*) ex-voto : un ex-voto marin est un tableau-plaque ou objet déposé dans un sanctuaire à la mémoire d'un voeu fait.

 

Serge Bataillé

délégué de l'association Aux Marins dans l'Aude

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9 août 2013 5 09 /08 /août /2013 16:00

Le cénotaphe, partie intégrante du Mémorial national des marins morts pour la France, est surplombé par une terrasse d'où les visiteurs admirent la mer d'Iroise, le chenal du Four, les  îles de l'archipel de Molène, Ouessant...

 

 Bandeau - photo 1 (14,35x7)

  

Scruter l’horizon vers l'Ouest après avoir rendu hommage aux marins disparus fait partie de la symbolique du mémorial.

L’horizon est mythique et invite à la méditation. 

 

La-terrasse-de-l-horizon 0057

 

Un panneau d’interprétation (1) guide le visiteur et  évoque… « la grande ligne inaccessible de l’horizon … paysage quotidien du marin, rappel permanent de ceux que l’océan n’a pas rendu… »

 

 Terrasse-Horizon

 

L'esprit du visiteur s'évade ... il pense à tous ces marins "péris en mer" engloutis dans les flots. Cette pensée  est en soi une action de mémoire, une forme d'hommage aux marins. 

 

 La-terrasse-de-l-horizon 0025

  

Le souvenir de tous ces travailleurs de la mer péris en mer, quelles que soient les circonstances  de leur disparition, s'exprime aussi sous les traits du visage de  la "mater dolorosa" qui surplombe la stèle  regardant l'horizon d'un air éploré....

 

Stèle visage

           

 

L'IMAGINAIRE CELTE...

 

Le visiteur ignore souvent  que l'horizon vers l'Ouest  était déjà un symbole chez les Celtes et plus particulièrement chez les habitants de l'Armorique.

 

L’historien  byzantin Procope écrivait au VIème siècle :

«...les armoricains croyaient que de grands bateaux sans pilote venaient chercher les âmes des morts sur le continent à l’Ouest de l’Armorique pour les transporter dans une île bienheureuse de l’autre côté de la mer, au milieu de celle-ci."

On sait aussi que les druides avaient  l’habitude de se faire inhumer dans des îles pour suivre les étapes d’un voyage symbolique où leurs âmes sont "guidées vers les îles bienheureuses qui sont situées comme chacun sait à l’ouest du monde là où le soleil s’engloutit pour mieux renaître le lendemain".

 

L'Armorique a toujours été pour les Celtes un "embarcadère des âmes vers des îles merveilleuses situées au-delà de l'horizon, une terre de jonction entre le monde des vivants et celui des disparus".

 

  

LE PARADIS DU COUCHANT (le Couchant étant synomyme de l'Ouest - là où le soleil se couche)

 

 Voici une légende que vous pourrez entendre en Pays d'Iroise et notamment à l'île Molène. 

"Quand le Breton des côtes se prépare à mourir, son âme impatiente et lassée de son corps brûle de devenir anaon (2) et d'appareiller au large.

 

C'est là que se trouve le Paradis sans latitude ni longitude que les Celtes trouvèrent en eux-mêmes sans sextant ni boussole.
Les Irlandais l'appellent Tir na n'Og et les Bretons Bro ar Re Yaouank, qui veut dire Terre des Jeunes, parce que le temps n'y est pas compté.
Une île, terre flottante, qui ne connaît qu'une fois la même vague, ne reste qu'un instant à l'aplomb de chaque étoile. Elle est beaucoup plus loin qu'on ne saurait le dire, et pourtant il suffit d'une seule marée pour la rejoindre.

 

On ne peut pas mourir quand la mer monte au plein. Le dernier souffle est exhalé à mer étale et le reflux embarque l'âme dans la lourde écume de sa vague en retour.
Mais il faut le vent haut, le vent d'amont, pour porter en kornog. Si le vent garde l'âme dans le sillage du soleil, elle navigue 
sur l'île fortunée, au signal d'un grand feu qui arde nuit et jour la plus haute éminence.

 

Au rivage l'attend un cortège d'élus dans une lumière surnaturelle où toute impureté se dissipe et se fond. Tous les arbres sont verts, toutes les nourritures se résolvent dans la pomme, tous les breuvages dans l'hydromel des sources vives. C'est un pardon sans fin, sous les ombrages, et les plus beaux cantiques des fées à tresses blondes bercent les bienheureux dans leurs demeures transparentes" (3).


 Coucher de soleil

 

L’AME DES MARINS DISPARUS

 

Un autre symbole est solidement ancré dans l’esprit celte et armoricain : les oiseaux de mer transportent sous leurs ailes les âmes des marins disparus.

 

Cette croyance s’est largement répandue dans tous les pays du monde comportant une façade maritime.

 

De la terrasse du cénotaphe chers amis visiteurs lorsque vous scruterez l’horizon, observez bien les oiseaux de mer qui survolent le mémorial et ayez une pensée pour nos marins disparus.

 

Cette tradition  a été reprise dans l’hymne de l’association Aux marins (4) dont voici le refrain.

 

L’AME DES MARINS

 L’âme de nos marins plane sur l’océan,

Je l’ai vue ce matin sous l’aile d’un goéland,

Elle s’enferme le soir, sur les îles endormies,

Protégeant les secrets qui entourent leur vie.

 

Goéland.2

 

  PIERRE LEAUSTIC

  

 (1) Rédigé par Thierry Mercadier architecte-concepteur du cénotaphe

 (2) En langue bretonne : âme des trépassés

 (3) Source site internet http://bretagne-celtic.com/

 (4) Musique et paroles de Freddie Breizirland adhérent de l’association « Aux marins ».

  

Crédit Photos : Association « Aux marins ».

 

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29 juillet 2013 1 29 /07 /juillet /2013 08:38

 

 SUITE....

 

      … Car je reviens à "Ar Zénith" et à "La Monique Andrée".

 

L' "Ar Zénith" était donc arrivé à Ouessant au milieu de la nuit avec le lieutenant Dupont, ses chasseurs alpins et quelques militaires. Bien évidemment dans la pagaille qui régnait, Dupont ne trouve aucune autorité pour lui donner des ordres. Il décide donc de prendre ses responsabilités et il demande à Menou d'accepter de les transporter en Angleterre. Il ajoute même qu’il pourrait le dédommager. Hésitation de Menou. Il doit consulter ses équipiers. Menou est un patriote. Il a fait une guerre héroïque avec les fusiliers marins à Dixmude. Il est personnellement d'accord et il obtient l'accord de ses 3 équipiers. Il rend sa réponse au lieutenant Dupont. Ils acceptent de les transporter et ils ne demandent rien. Mais il doit trouver du carburant ; ce qui n'est pas facile. Ils en trouvent finalement à la société de Sauvetage. Mais il y a là aussi un groupe de chasseurs à pied à la recherche d'un embarquement. À la demande du lieutenant Dupont, Menou  accepte de les prendre. Ils sont maintenant à bord environ 75 militaires. Et  ils appareillent peu après avoir vu « La Velléda », mais sans vivres et sans eau. Heureusement le temps est beau et ils sont en vue de Plymouth à la tombée de la nuit. Malheureusement la rade est fermée. Ils essaient de mouiller sans succès car leur chaîne est trop courte. Ils se laissent donc dériver, mais la faim et surtout le manque d'eau vont se faire pour eux de plus en plus pénibles.

 

Et "La Monique Andrée" ? Elle appareille tranquillement au lever du jour le pont couvert de monde et avec ses 21 jeunes bien calés sur le toit de la cabine. Le temps est heureusement beau. Le commandant n'est pas rancunier car nous avons eu le droit comme tout le monde à midi à un petit casse-croûte et de l'eau à boire. Seule distraction de la journée : nous nous faisons doubler le matin par un contre-torpilleur qui ressemble fort à celui de notre général et nous apercevons quelques avions solitaires que nous ne savons pas encore identifier et qui fort heureusement ne se détournent pas avec de mauvaises intentions. Nous arrivons en fin d'après-midi devant la rade de Plymouth terriblement encombrée. Nous devons attendre notre tour et finalement cette attente va durer toute la nuit. Seule consolation, nous avons, parait-il, le n° 2 pour rentrer le lendemain matin et le temps est immuablement beau. Mais la nuit pour moi va être longue. Je regarde avec envie mes camarades et mon frère qui dorment. Moi, je ne trouve pas le sommeil. Beaucoup de pensées m’assaillent. Je voulais à tout prix venir en Angleterre. Ça n’a pas été facile mais c'est fait. Je devrais être content, mais je pense à mes camarades. Ai-je eu raison de les entraîner ? Ne vont-ils pas me le reprocher? Et de même leurs parents ? Je revois la mère de Jean Lozachmeur qui est veuve et qui a vu partir son fils unique ? Et, aussi les parents de Louis Tessier dont il était le seul enfant ? … Et ma pauvre mère, veuve elle aussi, et qui a vu partir ses deux ainés ?... Avec du recul ne vont-ils pas m’en vouloir ?

 

D’un autre côté, ces Anglais que nous ne connaissons pas. Comment vont-ils nous accueillir, nous, dont le gouvernement fantoche les a trahis…? Et ce général inconnu qui s'appellerait de Gaulle. Existe-t-il vraiment ? N'a-t-il pas comme d'autres changé d'avis ? Et, là-bas, comment le joindre ? Bref, une nuit qui s’annonce bien longue… Mais heureusement, le grand calme sur mer par cette belle nuit de juin finit par m’apaiser et je m’endors au tôt matin.

 

Et, dès 7 heures, une vedette, vrai chien de berger, vient mettre les nombreux bateaux en ordre. Nous sommes bien les deuxièmes, nous avançons et nous passons. Oh ! Surprise ! Tout près d' "Ar Zénith" qui attend et que nous saluons bruyamment de notre perchoir. Le lieutenant Dupont, toujours aussi grand et flegmatique, nous fait un discret "Bravo !". Il nous rappellera plus tard ce moment où ces jeunes Audiernais l'avaient un peu bluffé ! Puis nous pénétrons dans la grande et belle rade de Plymouth, toute encombrée de navires. Nous prenons le chenal où nous devons nous ranger au maximum pour laisser sortir un énorme porte-avions l' "Ark Royal" qui nous domine de sa masse, et chose curieuse, des marins du pont d'envol nous font des signes amicaux ! Et, peu après le chenal longe une promenade verdoyante d’où des promeneurs nous applaudissent ! Incroyable comme cela réconforte. Et, nous rentrons dans l'arsenal, imposant. À un moment, nous passons le long d’un cuirassé français, le "Paris". Ils sont  nombreux à son bord à nous regarder passer, mais sans rien manifester, ni même répondre au salut de notre commandant. Cela me surprend et me déçoit. Ensuite, dissimulés tout au long de l’arsenal, parmi de nombreux navires de guerre britanniques, nous remarquons bon nombre de bâtiments dont plusieurs sous-marins arborant le pavillon français. C’est agréable et réconfortant.

 

Nous débarquons de notre "La Monique Andrée" au fond de l'arsenal à Devonport, où nous devons, sur une bonne distance, longer de hautes grilles. Et derrière les grilles, des civils anglais, de plus en plus nombreux nous applaudissent, nous pauvres Français, arrivant là si piteusement. Et certains nous jettent des petites barres de chocolat et de curieux paquets de 5 cigarettes ! Et, là, nous sommes vraiment très émus. Nous n’oublierons jamais le charme de cet accueil alors que nos gouvernements, au mépris de leurs engagements, venaient de les trahir et de traiter avec l’ennemi commun. Braves Anglais de 1940 que les mois à venir permettront de mieux connaître, et auxquels nous vouerons de plus en plus une estime et une amitié réciproque que les années ne pourront effacer.

 

À la sortie de l’arsenal, nous rentrons dans un vaste local où des dames et jeunes filles en uniforme de la Croix-Rouge nous offrent force biscuits, certains curieusement épicés, et un breuvage brulant et sucré, la boisson nationale britannique, le "Tea", que beaucoup d’entre nous avalent en grimaçant… Mais elles sont tellement gentilles et nous les remercions chaleureusement.

 

Et, nous commençons à nous sentir heureux et soulagés d’être accueillis par des gens si agréables et fort contents d’avoir réussi cette évasion de France qui n’avait rien d’évidente… Mais le plus dur, nous le savons, reste maintenant à faire : savoir prouver et savoir nous prouver notre détermination et notre capacité à combattre en vrai Français.

 

Sans trop tarder, nous prenons place dans un train tout proche : il semble se diriger vers l’est… Londres ? Et pour la première fois nous découvrons cette belle campagne anglaise très verdoyante, avec à perte de vue, de vastes beaux pâturages, de belles propriétés, mais aussi des châteaux, et par moments, nous traversons, en ralentissant des villages aux maisons très soignées et colorées, l’Angleterre ! La nuit tombe bientôt, et fatigués, nous nous endormons sur des banquettes bien plus confortables que les tôles de "La Monique-Andrée".

 

Au matin nous sommes effectivement dans la banlieue de Londres. Des cars militaires nous attendent pour nous transporter dans une vaste propriété entourée de hauts murs et portant sur la grille d’entrée  le nom d’Annerley School, ancien pensionnat réquisitionné. Bâtiments assez rébarbatifs, et plus rébarbatif encore le fait que nous étions sévèrement gardés par des militaires en armes. Mauvaise impression vite dissipée quand on nous explique poliment que nous nous trouvons dans un centre de contrôle de l’immigration par où doivent passer tous les civils étrangers pénétrant en Angleterre.

 

Et effectivement, nous découvrons des gens de différentes nationalités et donc bien sûr une majorité de Français. Chaque nationalité est logée séparément : confort minimum mais suffisant. Journées mornes car sans activité et surtout sans journaux, ni radio. Seule distraction : tous les deux jours des interrogatoires individuels par des officiers de l’Intelligence Service. Ils parlent tous un excellent français et sont corrects. Ces interrogatoires sont plutôt les conversations à bâtons rompus qui fourmillent de questions apparemment banales… mais tout est soigneusement noté et la moindre différence relevée, au passage suivant peut entraîner des vérifications poussées et moins  courtoises.

 

Mais tous les 21, non sans quelques petits accrocs, nous avons passé favorablement au contrôle et au bout de 6 jours nous avons été déclarés officiellement admis sur le sol britannique et dotés d’une carte d’identité provisoire.

 

Restait maintenant à décider de notre affectation future ; plusieurs possibilités sont offertes :

 

Ceux désirant  s’engager pour combattre ont le choix entre :


- un engagement dans les forces britanniques avec le choix de l’arme et la garantie d’être traité à très stricte égalité avec les Britanniques, et, de plus avec l’avantage de percevoir en tant qu’étranger une prime substantielle,
- ou bien un engagement, celui-ci mal défini, dans une unité française en formation,  sous l’autorité d’un général "Di Gool", mais là, aucune garantie d’aucune sorte. (D’évidence, le premier choix était vivement recommandé).

 

Quant à ceux qui ne souhaitant pas combattre mais voulant œuvrer pour la bonne cause, ils avaient la possibilité de s’engager dans "les services civils britanniques", là aussi en parfaite égalité avec les Britanniques.

 

Enfin pour ceux regrettant éventuellement être venus,  ils seraient dirigés sur des camps où sont regroupés tous les militaires français refusant de combattre (hélas  très nombreux) et attendant d’être évacués vers l’Afrique du Nord.

 

Nos choix devaient être formulés dans un délai de 48 heures.

 

Dès le lendemain tous les Français sont réunis pour rencontrer un jeune lieutenant français il se présente comme envoyé du  général de Gaulle. Il nous parle brièvement de lui, de son appel et de sa farouche détermination à continuer le combat en plein accord avec les Britanniques. Il demande quels seraient les volontaires souhaitant s’engager dans cette légion après avoir rencontré le général de Gaulle. La majorité des Français présents et en tout cas et sans hésitation la totalité des 21 jeunes audiernais d’"Ar Zénith" s’inscrivent comme volontaires. C’est un premier pas de fait et nous en ressentons de la fierté.

 

Dès le lendemain tous les volontaires sont dirigés vers un camp militaire "Delville Camp" près de la ville Aldershot dans le Devon. C’est un camp de regroupement où les arrivées se succèdent.

 

Quelques jours plus tard, début juillet, nous sommes transportés à Londres. Le général de Gaulle a en effet obtenu l’accord des autorités britanniques pour pouvoir réunir tous les civils français qui se sont déclarés volontaires pour combattre sous ses ordres afin de les identifier et de finaliser leurs engagements. Un grand édifice en béton portant inscription "Olympia Hall" a été mis à sa disposition. C’est un grand stand d’exposition sur trois niveaux donnant sur un vaste hall central. Le confort est inexistant : chacun est doté d’une couverture et beaucoup couchent à même le sol. La nourriture est souvent froide et médiocre mais le moral tient bon.

 

Une fois tous réunis nous sommes à peine un millier… seulement un millier de volontaires pour toute la France !! Nous sommes en grande majorité des jeunes et les trois quarts sont bretons.

 

 

Le troisième jour, arrive le général de Gaulle, tellement attendu. Il en impose beaucoup par sa stature, sa tenue de général, son air noble  et décidé ; mais nous sommes  frappés par sa pâleur. En effet quelle grande émotion et sûrement quelle déception cela dut être pour lui de constater ainsi combien peu de volontaires et, qui plus est, une grande majorité si jeunes avait répondu à son appel lancé depuis déjà 15 jours ! C'est donc en s'appuyant sur ces jeunes qu'il allait devoir tenter son pari impossible de former en Angleterre dans les pires conditions imaginables un mouvement patriotique doté d’une force armée conséquente qu’il appellerait la "France Libre"… Quel énorme défi !!


Après avoir passé parmi nous et avoir demandé à chacun de se présenter en précisant son âge et son lieu d’origine, le Général de Gaulle se plaça au milieu du hall  central bien en vue de tous pour une déclaration relativement brève et énergique. Il nous rappela les principaux termes de son appel, nous dit toute sa confiance admirative en notre allié Britannique ainsi que sa certitude de voir un jour la Russie et les États-Unis se joindre à eux, et, dès lors sa profonde conviction de la victoire finale. Il termine par ces paroles : "c'est pourquoi votre mission à vous est donc d'être présent dès  maintenant partout où l’on se bat pour que l’on puisse dire au jour de la victoire que la France n’a jamais cessé le combat. Cela est essentiel."

 

Nous avons écouté médusés et conquis et tous les 21, sans hésitation et avec un sentiment de contentement et de fierté, nous avons signé notre engagement à nous battre sous ses ordres et derrière le drapeau français.

 

Parallèlement le patron d’ "Ar Zénith", Jean-Marie Menu, après avoir accepté de mettre son bateau à la disposition de la British Navy pour la durée de la guerre, s’engagea dans la France Libre ainsi que les trois hommes d’équipage.

 

Et, enfin le lieutenant Dupont et ses chasseurs, contrairement à tous les milliers de militaires français se trouvant déjà en Angleterre qui refusaient lâchement continuer le combat, s’engagèrent aussi derrière le général de Gaulle.

 

Ainsi nous allions tous et sans exception entamer aussitôt comme on nous l’avait demandé une guerre exemplaire qui allait durer cinq longues années, loin des nôtres et souvent sans nouvelles… Six d'entre nous allaient le payer de leur vie,  plusieurs autres seront blessés mais tous les survivants auront au cœur la grande satisfaction et la  fierté d’avoir pleinement fait leur devoir.

 

Le destin et la renaissance d’ "Ar Zénith"

 

Une fois la guerre finie, Jean-Marie Menou part à la recherche de son "Ar Zénith" qu'il avait accepté généreusement et en confiance de mettre, tout neuf, en juin 40, à la disposition de la British Navy. Il le retrouve abandonné, pillé et sévèrement meurtri (suite à des bombardements) sur une vasière de Falmouth. Il a beaucoup de mal à obtenir des Anglais le respect du contrat signé qui stipulait notamment qu'à la fin des hostilités le bateau devait être restitué dans son état d'origine ou remplacé à l'identique en cas de sinistre. Ce n'est qu'au bout d'un an qu'il peut enfin récupérer son fier bateau. Il se rend pour cela en Angleterre accompagné des 3 mêmes membres d'équipage qu'il avait en juin 40, tous survivants de la guerre, et, avec eux, il reprend sa fonction de courrier de l'Ile de sein...

 

Mais le cœur n'y est plus : Menou ne s’est jamais remis du grand chagrin qui le mine depuis qu'au jour de son retour à Sein en 1945, il avait appris le décès récent de son fils unique qui venait d'être tué en prenant part à la libération d'Audierne. Il décide donc de vendre son "Ar Zenith" à une société de dragage qui le transforme en sablier, très rude activité que le bateau va devoir assumer pendant une vingtaine d'années.

 

En 1978, un ancien membre des Forces Françaises Libres, Pierre Pinel, reconnait "Ar Zénith" et en fait l'acquisition. Il se consacre alors à la remise en état du bateau qui avait été profondément modifié et tente de lui rendre son aspect d’origine. Le 19 juin 1990, il se rend à Sein pour marquer le cinquantième anniversaire du départ de l’ "Ar Zénith" pour l’Angleterre. Malheureusement, sur le chemin du retour, il s’échoue et brise sa quille sur un plateau rocheux. Se détériorant pendant 5 années, il semble définitivement voué à l’abandon dans la vase, au fond de la rivière Penzé. En décembre 1995, quelques malouins le découvrent et créent en 1996, l’association "A.P.P.E.L Ar Zénith" (Association Pour Perpétuer l’Esprit de Liberté) pour sauver ce patrimoine maritime historique symbole de la Résistance et de la Liberté.

 

Aujourd’hui, "Ar Zénith", reconnu d’utilité publique et classé monument historique, parfaitement restauré, portant la Croix de Lorraine et battant en haut de son étrave le pavillon qu’arboraient les bâtiments des F.N.F.L. a trouvé un havre de paix au port Solidor (Saint-Malo) pour témoigner et rappeler cet exploit de courage et de patriotisme des volontaires de 1940.

 

La guerre d’ "Ar Zénith" et ses volontaires

Les 21 Jeunes Civils d’Audiernais

ANSQUIER Jean

20 ans

1ère D.F.L. - 1er Bon Fusiliers Marins

Blessé en Syrie 17/6/41

Amputé des 2 jambes

ANSQUER Marcel

22 ans

F.N.F.L. – Chasseurs de sous-marins (Cowes)

 

AUTRET Jean

18 ans

1ère D.F.L.

 

BOURDON Henry

20 ans

1ère D.F.L.

 

BOURDON Yves

21 ans

1ère D.F.L  B.M.S

Mort pour la France au Congo en 1942

GLOAGEN Paul

20 ans

Colonne Leclerc 2e D.B.

 

GOUZARD Stanis

19 ans

1ère D.F.L.

 

JOUEN Patrice

19 ans

Chasseurs - Libreville - Gabon

 

KERIVEL Jean

21 ans

13e D.B.L.E

Mort pour la France au Italie le 16 juin 1944

LAURENT François

18 ans

F.F.L. - Troupes Liban

Blessé grave en 1942 – 3 ans de sana à Beyrouth

LE GALL Alexis

17 ans

1ère D.F.L. - B.M.S.

Blessé grave en 1945

LE GALL Jacques

19 ans

F.N.F.L. - S/Marins "Minerve" et "Doris"

Termine comme
Commandant du sous-marin « Doris »

LE SIGNE Jules

18 ans

1ère D.F.L.- 1ère Cie Transports

Sana en 1944 et décédé en 1946
Mort pour la France

LIGAVANT Marcel

21 ans

Bataillon de choc - Parachutistes

Mort pour la France en Alsace le 30/1/45

LOUARN Clet

20 ans

F.N.F.L. - Corvette "Aconit"

 

LOZACHMEUR Jean

20 ans

Colonne Leclerc  et 2è D.B

 

MENS Robert

19 ans

IEF.L. - Troupes Tchad

Blessé grave

NEDELEC Jean

16 ans

16 ans – F.F.L. - Défense passive- Londres, École des Cadets F.F.L. et Spahis

Blessé

PRIOL Jean

18 ans

F.N.F.L. s/marin "Surcouf"

Mort pour la France en mer le 18/2/42

SERGENT

20 ans

F.N.F.L.-  Chasseurs de sous-marins (Cowes)

 

TESSIER Louis

19 ans

Colonne Leclerc  2e D.B.

 

Les chasseurs  alpins

Lieutenant DUPONT

25 ans

Responsable de formation et Leclerc et 2e DB

Mort pour la France à la Libération de Paris

Les chasseurs (8)

28/24 ans

1ère DFL

Plusieurs blessés

L’équipage d’ "Ar Zénith"

MENOU Jean-Marie GUILCHER Clet

54 ans

32 ans

Drague "Victor Guillou" Portsmouth-Plymouth

1942 prend le commandement

GUÉGUEN Michel

18 ans

Chasseurs de sous-marins

Blessé

GUÉGUEN Gabriel

16 ½ ans

Sous-Marin "Minerve" & "Doris"

 

L’ "Ar Zénith"

Lancé en 1939

1940-45 : transport d’armes et munitions entre Portsmouth & Plymouth

Endommagé 2 fois par des bombardements

 


" L’héroïque épopée d’ "Ar Zénith" et de ses volontaires

restera toujours un de ces beaux exemples de Courage et de Patriotisme

dont ont su faire preuve tant de jeunes qui répondirent alors à

l’Appel du Général de Gaulle"

 

 


  00-AR ZENITH-Verifie-Offerle Final Page 12-copie-1

À gauche, Yannick Kontzler Président de l'association Ar Zénith - À droite, Jacques le Gall

       

NOTICE BIOGRAPHIQUE ( Source site ecole.nav.traditions.free.fr)

Bio Legall

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28 juillet 2013 7 28 /07 /juillet /2013 08:18

 

SUITE...

 

 

… L'heure est arrivée. Menou s'apprête à faire larguer les amarres quand arrive à fond de train un camion militaire lourdement chargé et transportant une section de 7 ou 8 chasseurs alpins avec à sa tête un grand lieutenant plein d'allant et d'autorité (qui, curieusement plus tard, allait marquer profondément beaucoup d'entre nous, par ses remarquables qualités d'homme et de chef).

 

En tout cas là, sans formalité il dit à Menou qu'il embarque lui ses hommes et ses armes. Menou répond : "Bon, mais faites vite". Nous aidons au transport des lourdes mitrailleuses, des fusils mitrailleurs et d'armes diverses.

 

Quand, sur ces entrefaites, arrive précipitamment un gendarme qui ordonne à tous les civils, c'est-à-dire à nous, de débarquer : "Ordre de la Préfecture". Incroyable!! Donc les Allemands doivent déjà y être ! Nous refusons catégoriquement. Le ton monte jusqu’à ce que le lieutenant intervienne et sans appel, enjoignant à ce gendarme de laisser ces jeunes tranquilles : "Ils vont partir avec nous ou sinon c'est vous qu’on embarque !" Puis très autoritaire, il lui donne l'ordre formel de faire détruire le camion et son chargement qui ne doivent en aucun cas tomber entre les mains de l'ennemi. Et il relève son identité. Le gendarme prend les clefs du camion, salue et part tout penaud ! Le lieutenant Dupont, c'est son nom, vient d'entrer dans notre estime.

 

Sur ce, le patron Menou ordonne l'appareillage : "Nous allons nous échouer". Il est environ 13 heures. Ultimes gestes d'adieu. L' "Ar Zénith" descend le long chenal d'Audierne et, curieusement, il stoppe et mouille devant le phare. Menou attend certains Îliens retardataires. Nous mettons à l'eau l'annexe qui ira les prendre.

 

Ensuite, un moment de calme, je réunis tous les jeunes sur l'avant. On se compte. Nous sommes 21. Dès cet instant, nous allons former un groupe très soudé.

 

Le Lieutenant Dupont fait alors installer 2 lourdes mitrailleuses sur trépied, une sur l'avant, et une sur l'arrière, ainsi que plusieurs fusils mitrailleurs. Cela impressionne curieusement beaucoup, et très agréablement.

 

Je tiens ensuite à remercier le Lieutenant Dupont, au nom de tous, pour son intervention en notre faveur au moment du départ. Il nous félicite pour ce que nous tentons de faire.

 

L'annexe rentre 1 heure après, lourdement chargée, transportant les îliens attendus et un légionnaire à képi blanc avec sa moto qu'il avait exigé d'embarquer !

 

Nous appareillons vers 14 heures 30. Nous longeons toute la côte du Cap Sizun que je connais bien, et que je regarde avidement. À un moment je remarque Menou et le lieutenant Dupont en grande conversation. Je m'approche assez pour entendre Menou lui dire "Bon, c'est d'accord. Je vous mènerai jusqu'à Ouessant". Excellente nouvelle. Je préviens mes camarades. Ensuite j'entreprends Menou lui disant que j'ai entendu, et qu'il faut nous emmener nous aussi jusqu'à Ouessant. Il est d'accord si le lieutenant est d'accord. Le lieutenant ne s'oppose pas. Marché conclu.

 

Nous arrivons à l'île vers 17 heures 30. Les Îliens sont là nombreux, étonnés de voir l' « Ar Zénith » si chargé. Ils ne réalisent pas la gravité de la situation. Menou libère tout le monde et fixe l'appareillage pour Ouessant à 20 heures.

 

Mon frère et moi allons rendre visite, entre autres, à M. et Mme Salaün, amis de nos parents. Ils sont modestement parlant des notables de l'île. Et là, avec eux, nous allons sans préavis voir se manifester les Allemands. En effet, vers 18 heures, un cargo se présente, descendant le raz, un avion arrive, le survole... et brusquement lui pique dessus et lâche deux bombes, qui font des gerbes énormes. Le bateau disparait pratiquement de notre vue. Les malheureux ! Mais les gerbes retombent, et le bateau continue apparemment intact. Quelle chance ! Très émotionnant quand même ! Peu après survient un avion qui survole l’île à basse altitude créant un début de panique. En fait c'est un petit avion allemand d'observation, qui lentement et très bas tourne et retourne. Nous voyons bien le pilote qui nous observe. Et puis il part comme il est venu, cap sur la pointe du Raz. Cette double manifestation sans la moindre opposition est dérangeante !

 

Avant 20 heures, nous rallions Ar Zénith pour le départ prévu. Le maire de l'Île, Louis Guilcher est là qui nous interdit d'embarquer. Il avait lui aussi reçu des ordres formels des autorités interdisant tout départ de bateau. Le lieutenant Dupont s'était fâché et avait dit que même par la force il partirait car il devait gagner Ouessant pour contacter des autorités et prendre des ordres. Finalement, l' "Ar Zénith" avait reçu l'autorisation de transporter les militaires seuls. Nous essayons de faire du forcing, mais rien à faire, car Menou veut respecter les ordres reçus et le lieutenant Dupont ne nous aide pas. Rageurs, nous assistons au départ d’"Ar Zénith". Mais pas question de baisser les bras. Car, comme apparemment d'Ouessant, il y a des départs, il faut coûte que coûte trouver un bateau pour y aller. Comment faire ? Ici il faut bien comprendre que l'île de Sein fonctionne d'une façon très particulière: il y a deux autorités, l’autorité civile, le maire, et l'autorité religieuse, le recteur. Et l'autorité religieuse est de beaucoup la plus forte. Habitué de l'île, je le savais et notre ami, M. Salaün, bien sûr  encore mieux. Nous nous rendons donc au presbytère. J'explique au recteur, qui ne le réalisait pas bien, toute la gravité de la situation, et notre volonté d'aller en Angleterre pour rejoindre les troupes Françaises qui s'y trouvent et nous engager. Il réfléchit puis dit à M. Salaün d'aller chercher Jean-Marie le patron de "La Velléda". "La Velléda" est une puissante vedette qui assure le ravitaillement et la relève des grands phares de Haute Mer (Armen, La Vieille, Tévennec, Kéréon). Jean-Marie Porsmoguer, solide marin, arrive peu après, respectueux. Le recteur lui déclare pratiquement ceci : "Jean-Marie, tu sais qu'il y là, une équipe de jeunes arrivés avec Ar Zénith" – "Oui, je sais" – "La situation est grave. Ces jeunes veulent faire leur devoir. Ils veulent gagner l'Angleterre pour s'engager. On doit les aider. Il faut que tu les mènes jusqu'à Ouessant "- "Mais, Monsieur le recteur, vous savez bien que je n'ai pas le droit" – "Jean-Marie, il n'est pas question pour toi de droit, mais de devoir. Tu dois les transporter cette nuit jusqu'à Ouessant. Je te le demande" - Courte hésitation – "Bon. Ils n'ont qu’à se trouver à la tombée de la nuit, à 22 heures à la cale du canot de sauvetage".  C'était gagné. Merci, Monsieur le recteur !

 

Et bien sûr, comme indiqué, tous les 21, nous sommes là sur la cale pour voir arriver "La Velléda" et heureux, nous embarquons. Et, là, tenez, vous bien, ceci confirme bien ce que je vous ai dit : Monsieur le Maire, qui deux heures auparavant, nous avait interdit le départ sur l' "Ar Zénith" arrive sur la cale, non pas pour nous interdire à nouveau de partir mais pour nous dire "Au revoir et bonne chance". Sidérant ! Mais la mer est basse, et le bas de cale recouvert de varech mouillé. En tendant la main pour saluer Jean-Marie, il glisse et tombe à l'eau. Jean-Marie et son matelot le remettent sur pied tout trempé. Nous sommes, bien sûr, attristés pour lui sans avoir une certaine satisfaction revancharde.

 

Le trajet jusqu'à Ouessant est sans histoire : mer calme, mais le ciel vers l'est devient de plus en plus rouge. Il y a des incendies sur Brest. Est-ce un bombardement ? En fait, c'est la marine qui détruit ses réserves de carburant. Nous abordons Ouessant par l'ouest et entrons dans la vaste baie de Lampaul qui est pleine de bateaux de toutes sortes ; peu ou pas éclairés, une vraie pagaille ! Et, il va falloir en trouver un là-dedans qui accepte de nous prendre tous les 21 et qui aille vers l'Angleterre !

 

Jean-Marie essaye le plus gros qui se présente, un contre-torpilleur, le "Mistral", en me disant "Là-dessus, 21, ça ne se verra pas", et il tente l'accostage par la coupée arrière. Mais, nous voyons se dresser brusquement un énergumène mal embouché qui devait dormir à plat pont et qui, en nous traitant de tout, nous intime l’ordre de nous écarter. Je remarque, alors, tenez-vous bien, que c'était un général ! Je me suis fait bêtement cette réflexion : "Un général qui dort à plat pont et qui commande sur un bateau de guerre : ça ne va pas, on est vraiment mal embarqués !!".

 

Pénétrant plus avant dans la baie, Jean-Marie porte son choix sur un petit patrouilleur portant un nom d'oiseau, je crois l' "Épervier", et nous tentons l'accostage. Un veilleur appelle. Un lieutenant de vaisseau se présente. C'est le commandant qui, poliment, nous dit qu'il ne peut pas nous prendre parce que : 1) il n'a pas le droit et 2) il n'a pas d'ordre d'appareillage. Il nous conseille aimablement d'essayer un gros chalutier plus loin, à peine visible à 300/400 mètres. Il est armé par la marine Nationale mais a des civils à bord : "Essayez".

 

3ème tentative ! Cette fois, il ne faut pas se manquer. D'abord, s'assurer que ce bateau va bien en Angleterre et ensuite qu'on puisse y accéder tous les 21. Ce n’est pas évident ! Je tire des plans avec Jean-Marie. On s'approche lentement :

 

Le bateau est calme et peu éclairé ;

 

C'est bien un gros chalutier type Lorientais de 70 m que je connais ;

 

Il faudrait l'accoster par l'arrière où il n'est pas éclairé ;

 

J'irai me placer à l'avant de "La Villeda" et Jean-Marie l'accostera tout doucement feux éteints ;

 

J'essaierai alors de connaître la destination prévue. Si par bonheur, c'est vers le nord, je fais un signe, Jean-Marie accoste franchement et nous sautons tous à bord en force, comme à l’abordage ;

 

Et, dès le dernier embarqué, Jean-Marie s'écarte. Ils n'oseront pas nous jeter à l'eau.

 

Le plan se déroule comme prévu. Tous mes camarades sont prêts. Nous approchons. Je découvre le  nom du bateau "La Monique Andrée" de Lorient. Des civils dorment sur le pont à l'arrière. Deux se réveillent et me font signent de ne pas accoster. "Non ! On part, nous aussi, mais on ne veut pas partir seuls". – "Vous allez où ? " – "Nous, on va en Angleterre". – "Vous êtes sûrs que ce n'est pas vers le sud ?" – "Absolument". – "Le commandant nous a prévenu. On appareille à l'aube pour Plymouth".

 

Aussitôt, je fais signe à Jean-Marie. Il accoste franchement et nous sautons tous sur "La Monique Andrée" comme à l'exercice, mais en déclenchant beaucoup de cris, de jurons et quelques horions.

 

Aussitôt, "La Velléda" s’écarte et Jean-Marie, mission accomplie, nous fait signe et s’enfonce dans la nuit.

 

Le commandant alerté par tout ce bruit arrive furieux et nous traite et nous menace de tout. C'est un vieil officier des équipages d'au moins 40 ans et d'évidence autoritaire qui hurle "Vous n'avez pas le droit. Vous allez voir". Et finalement, il est parti en maugréant et nous n'avons rien vu.

 

Nous étions heureux ; c'était notre 3e essai, réussi en moins de 24 heures. Restait maintenant à se faire une place dans ce bateau déjà totalement envahi. Heureusement que nous n'étions pas d'un port de pêche pour rien et nous avons vite repéré le vaste toit de la cabine, encombré de cordages. En se faisant la courte échelle, nous l’avons escaladé et nous nous sommes fait une place fort agréable.

 

Pendant ce temps, avec sa "La Velléda", Jean-Marie tournait dans la baie de Lampaul à la recherche d'"Ar Zénith" qu'il finit enfin par retrouver. Il l'accoste. Le bateau est rempli de militaires, 70 ou 80. Il questionne Menou qui lui dit : "J'ai pu faire le plein de gas-oil et je pars pour l'Angleterre. C'est notre devoir. Tu leur dira bien çà, là-bas, surtout".

 

"La Velléda" rentre à Sein au matin. Et, aussitôt des questions : "Et Ar Zénith ?" – "Ar Zénith ne reviendra pas. Il est parti pour l'Angleterre" – "Oh ! Et les jeunes que tu as transportés ?" – "Ils sont partis aussi pour l'Angleterre". Ces réponses font un choc. Les îliens commencent à comprendre la gravité réelle de la situation. Mais ils sont encore loin d'imaginer leur départ historique qui n'interviendra que 4 à 5 jours après. 


Ar-Zénith voile

 

 

 A SUIVRE...    

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