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Le blog  de l'association Aux Marins

NOVEMBRE 1942 -OPERATION TORCH- DRAME POUR LA MARINE

 

La Marine française et la guerre 1939/1945

Opération Torch/novembre 1942/Casablanca/Oran

Attaque des forces anglo-américaines

 Bâtiments coulés ou endommagés

  Marins Morts Pour La France

Mise à jour : novembre 2012

 

Genèse de l’opération Torch

Churchill souhaite poursuivre sa politique d’encerclement de l’adversaire en occupant le littoral méditerranéen, programmable dès le printemps 1942. Un débarquement en Europe prôné par Roosevelt n’est envisageable qu’en 1943. Quant à Staline, il demande l’ouverture d’un second front à l’Ouest. Finalement, après plusieurs mois de tractations, les Américains se rallient à la proposition des Britanniques, en juillet 1942. Fin septembre, le plan d’intervention des forces anglo-américaines est arrêté ; il prévoit des débarquements au Maroc, à Oran et à Alger. Cependant, le Maroc, l’Algérie et la Tunisie (territoires juridiquement neutres) relèvent de l’autorité du gouvernement de Vichy, avec lequel les Américains maintiennent des relations diplomatiques.

Les Américains préfèrent se tourner vers le général Giraud, susceptible de rallier l’armée d’Afrique. Le général de Gaulle n’a pas encore leur confiance. Un accord de principe est ainsi conclu, le 2 novembre, sur les modalités de l’aide des résistants.

Sous le commandement du général Eisenhower, les forces anglo-américaines se composent de quelque 200 bâtiments de guerre, 110 navires de transport, 107 000 hommes et d’une importante couverture aérienne. La Western Task Force, venant des Etats-Unis, doit débarquer au Maroc. La Center Task Force et la Eastern Task Force, parties d’Angleterre, doivent attaquer Oran et Alger.

(Source : ministère de la Défense) 

Opération Torch Grand

La fin des opérations se soldera par quelque 479 morts et 720 blessés pour les Alliés, et par 1 346 tués (999 au Maroc, 347 en Algérie, essentiellement à Oran)  et 1 997 blessés pour les Français.  Au total, on compte 1 825 morts et 2 717 blessés.

  

Année 1942 : événements principaux liés à la guerre

Janvier

1 - Vichy : le général Juin reçoit le commandement des troupes d’Afrique du Nord.

Février

9 - Etats-Unis : le Normandie est ravagé par le feu dans le port de New-York.

Mars

26 - Rencontre Pétain-Laval.

Avril

5 - URSS : les Allemands décident de concentrer leur effort militaire sur le pétrole du Caucase devenu vital pour leur économie de guerre.

Mai

6 – Vichy : Darquier de Pellepoix est nommé commissaire général aux questions juives.

29 - Zone occupée : obligation du port de l’étoile jaune pour les Juifs.

Juin

21 – Le général allemand Rommel prend Tobrouk.

22 - Lors d’un discours radiodiffusé, Laval souhaite la victoire de l’Allemagne.

28 - URSS : triple offensive allemande à partir du Donetz vers Stalingrad, Voronej et le Caucase.

Juillet

16 - Paris : opération « vent printanier » dite « rafle du Vel’ d’Hiv’ ».

18/20 - Les Alliés programment l’opération Torch (débarquement en Afrique du Nord).

Août

19 - Dieppe : un raid anglo-canadien est repoussé par les Allemands.

25 - URSS : l’état de siège est proclamé à Stalingrad.

26 - Vichy : création de l’ordre de la Francisque.

Septembre

12 - Stalingrad : les Allemands lancent ce qu’ils pensent être l’assaut final.

Octobre

23 - Egypte : le général anglais Montgomery lance l’offensive à El-Alamein.

Novembre

3 - Afrique du Nord : Rommel perd la bataille d’El-Alamein. Début de la retraite allemande.

8 - Afrique du Nord : début de l’opération Torch. Des corps expéditionnaires anglo-américains débarquent dans les ports marocains et algériens.

11 - France : par réaction au débarquement allié en Afrique du Nord, les Allemands envahissent la zone libre.

25 - Alger : le général de Gaulle nomme le général Catroux commandant en chef des troupes d’Afrique du Nord.

27 - La flotte française se saborde à Toulon.

Décembre

24 - Alger : assassinat de l’amiral Darlan (qui avait été déchu par le maréchal Pétain, le 16 novembre, de toute fonction politique) par Bonnier de la Chapelle. 

 

Déroulement de l’opération Torch

1942

Le 8 novembre 1942, les forces américaines, soutenues par la flotte et l’aviation anglaises, attaquent les têtes françaises d’Afrique du Nord. Le maréchal Pétain donne l’ordre de rompre les relations politiques de la France avec les Etats-Unis. Les Américains, placés sous les ordres du général Eisenhower procèdent à des débarquements en Algérie, à Sidi-Ferruch, près d’Alger, et à Oran. Au Maroc, ce sont Casablanca, Fédala et Port Lyautey qui subissent l’assaut. Les forces de terre, de mer et de l’air, en application des ordres de Vichy, résistent aux Alliés.

Le 10 novembre, l’amiral Darlan, agissant au nom du maréchal, conclut un accord de cessez-le-feu, pour l’ensemble de l’Afrique du Nord, avec le général Clark qui seconde le général Eisenhower. Le général Giraud, venu clandestinement de France, après son évasion d’un camp de prisonniers en Allemagne, est nommé par l’amiral Darlan, commandant en chef des forces françaises en Afrique du Nord.

1943

Du 14 au 27 janvier

A Anfa, banlieue de Casablanca, Roosevelt et Churchill se rencontrent pour décider la suite à donner à l’opération Torch. Le général Giraud et le général de Gaulle participent à la conférence (la rencontre entre ces deux généraux est qualifiée de « froide »). Le principe de la reddition sans condition de l’Allemagne est adopté.

12 mai

Les forces germano-italiennes, refoulées dans la presqu’île du cap Bon, sont défaites en Afrique du Nord ; l’armée britannique victorieuse, conduite par le général Montgomery, ayant été renforcée par les Forces Françaises Libres, au début de 1943. C’est le général allemand von Arnim, qui a remplacé le maréchal Rommel, qui capitule le 13 mai, avec plus de deux cent mille hommes. La guerre est terminée en Afrique du Nord.

 

 Extraits du récit de René Mazéres, marin rescapé de l’Amphitrite

(René Mazères est de la promo 37 – décédé le 25 octobre 2010 -  source : Bulletin de Liaison Arpète N° 103 de mars 2011)

 «…Dimanche 8 novembre

Nous étions simplement rentrés la veille de Dakar, que nous avions quitté le 31 octobre après une semaine de navigation monotone, en convoi. La Sybille, l’Antiope, l’Amazone et l’Amphitrite, sous-marins de 600 tonnes de la 16ème  division, ainsi que le sous-marin de 1500 tonnes le Sidi Ferruch, de conserve avec plusieurs cargos et paquebots, dont le Porthos…..

En regagnant le bord, le matin, je remarque beaucoup de précipitations sur les sous-marins. A ma droite, le Sidi Ferruch, accosté parallèlement à la jetée, puis les huit 600 tonnes : la 18ème division composée de l’Orphée, la Psychée, l’Oréale, la Méduse et les quatre de la 16ème  division, tous amarrés perpendiculairement à la jetée, l’étrave à l’opposé. En face, à l’intérieur du port, le Tonnant et le Conquérant sur dock, deux 1500 tonnes, complètent l’armement sous-marin parmi de nombreux navires…Le remue-ménage est général, tout le monde se presse…

On se met de suite au poste de combat pour mettre le bateau en état d’appareiller et de plonger…

Le bateau est secoué, on entend le tir de notre mitrailleuse..

J’aperçois Philippe Devise, quartier-maître fusilier, étendu sur le parquet…Il gît là, inerte et semble être blessé au niveau du bassin sans pouvoir utiliser ses jambes.

Une gîte sur bâbord commence à se produire…Les ballasts ont du être perforés ou déchirés côté bâbord…

Dehors, tout aux alentours, ce ne sont que des explosions et des jaillissements de gerbes d’eau. Il n’y a plus que l’Amphitrite sur le plan d’eau où se trouvaient tous les sous-marins…

Je quitte le bateau à mon tour, le corps d’Henri Loret, matelot-mécanicien, flotte sans vie, sur le dos, à bâbord, la gorge marquée d’une large tâche rouge.

Pierre Flejou, quartier-maître électricien, est blessé à la jambe droite, l’artère fémorale semble atteinte.

De terre, nous observons avec angoisse une multitude de navires s’affrontant à coup d’artillerie dont nous apercevons les éclats et entendons le bruit, se faufilant parmi les nuages de fumée. Plus près de nous, le croiseur Primauguet est en train de se faire massacrer.

L’Oréade et la Psychée, touchés par des bombes, gisent au fond.

Le Tonnant et Le conquérant, qui étaient en cale sèche sur dock, ont appareillé sans être en état de combattre. Le Sidi Ferruch a du quitter les lieux, à l’extérieur du port, car un hydravion a piqué sur lui, l’obligeant à plonger.

Les Américains ont cessé leurs tirs durant la nuit.

 

  …Lundi 9 novembre

Au lever du jour, les canons grondent de nouveau, on tire sur des objectifs aussi bien à terre que sur mer.

La tourelle du Jean Bart est pointée vers le large et recommence à tirer. Des avions bombardiers reprennent pour cible le cuirassé. Une bombe explose sous son pont avant qui se soulève et gonfle comme une baudruche. Au large le Primauguet est en flammes. Un obus de 406, tiré du large, est venu ricocher juste au dessus de nos têtes, sur le bloc de béton de l’abri, pour aller fracasser le balcon de l’immeuble du côté de l’Amirauté, sans exploser….

Les canons du Jean Bart sont braqués inertes vers le bas, une bâche recouvre la tourelle de ses pièces avant. Le bâtiment semble être posé sur le fond. Perpendiculaire à son avant tribord, le paquebot Porthos est couché sur le quai, côté tribord…

Le Commandant (de l’Amphitrite), a reçu la consigne de saborder le navire qui, apparemment, n’a pas subi de voie d’eau, il flotte sur ses ballasts.

Le seul moyen dont nous disposons c’est d’ouvrir le noyage de la soute à munitions…L’ouverture de la vanne faite sans peine, nous quittons le bord et rejoignons le quai.

 A l’aide de mon canif, le Commandant coupe lui-même la dernière aussière très tendue, car la marée est basse. Du haut de la jetée, nous voyons, silencieux et oppressés, disparaître l’Amphitrite…  

 Sur les onze sous-marins présents dans le port de Casablanca, le matin du 8 novembre 1942, l’Orphée (CC Le Gall), l’Antiope (LV Mille), l’Amazone (LV Verdavaine) seront les seuls rescapés de la bataille. Le premier réussissant à rentrer à Casablanca, les deux autres à gagner Dakar.

  Réflexion de ce même rescapé de ces bombardements américains : « Ce débarquement que personne ne commémore, pourtant tous ces morts méritent que l’on s’en souvienne ».

 

Opération Torch

Liste des bâtiments coulés ou endommagés à Casablanca et à Oran

Noms des bâtiments avec bordure: traités par l’association « Aux Marins ».

 1 – Bâtiments de ligne/Cuirassés

Jean Bart

CASABLANCA

Inachevé, mais peut tirer avec une tourelle quadruple de 380

Bombardé par l’US Navy, le 8 novembre  (22 marins morts)

4 dossiers cénotaphe

 2 – Croiseurs

Primauguet

CASABLANCA

Mis hors de combat par la Task Force, le 8 novembre (45, 90 ou 110 morts ?)

6 dossiers cénotaphe

 3 – Torpilleurs

Tornade (CC Parès)

ORAN

Accidenté - Heurte des rochers en quittant le port (? morts)

Coulé au canon par le HMS Aurora

1 dossier cénotaphe

Tramontane (CF de Feraudy)

ORAN

Reçoit une salve du HMS Aurora ; est la proie des flammes ( ? morts)

1 dossier cénotaphe

 Typhon (CC Abgrall)

ORAN

En tentant de porter secours au torpilleur Tramontane, reçoit un obus de 152, tuant plusieurs marins ( ? morts)

1 dossier cénotaphe

Le Boulonnais (CC Martinant de Prénef)

CASABLANCA

Détruit au canon par les USS Brooklyn et Massachusetts, le 8 novembre ( ? Morts)

Survivants recueillis par le cargo Vendôme et le chalutier Servannaise

1 dossier cénotaphe

Fougueux

CASABLANCA

Détruit au canon par les USS Massachusetts et Tuscaloosa ( ? morts)

4 dossiers cénotaphe

Le Brestois

CASABLANCA

Détruit après avoir reçu des coups de l’USS Brooklyn ( ? morts)

Frondeur

CASABLANCA

Reçoit des obus de l’USS Brooklyn ( ? morts)

1 dossier cénotaphe

 3 - Contre-torpilleurs

Epervier (CF Laurin)

ORAN

Touché par le HMS Aurora, le 9 novembre ; coule devant Oran ( ? morts)

1 dossier cénotaphe

Milan

CASABLANCA

Mis hors de combat par la Task Force, le 8 novembre ; touché par un obus de 406 tiré par USTF 34 ( ? morts)

1 dossier cénotaphe

Albatros

CASABLANCA

Reçoit un obus de 406 ( ? Morts)

3 dossiers cénotaphe

 4 - Avisos

La Surprise (CC Lavigne – CC Grosselin en stage)

ORAN

Coulé par le HMS Brilliant (55 morts ?)

6 dossiers cénotaphe

5 – Sous-marins

Argonaute (LV Véron)

ORAN

Coulé par le HMS Achates, le 8 novembre (43 morts)

3 dossiers cénotaphe

Méduse (LV Roy)

ORAN

Endommagé, traqué par les forces armées américaines, s’échoue volontairement au bord des falaises du cap Blanc ; détruit au canon par le HMS Rowan (personnel évacué) ( ? morts)

Actéon (LV Clavières)

ORAN

Coulé par le HMS Wescott, en quittant le port d’Oran, le 9 novembre (66 morts)

2 dossiers cénotaphe

Fresnel (LV Saglio)

ORAN

Chassé et grenadé, met le cap sur Toulon rejoint le 13 novembre ; se saborde quinze jours plus tard

Oréade (LV Loiseau)

CASABLANCA

Coulé par avions de la Task Force, le 8 novembre (5 morts)

2 dossiers cénotaphe

Amphitrite (LV Ritti)

CASANBLANCA

Détruit par avions de la Task Force, le 8 novembre (3 morts)

Les noms des marins morts : Henri Loret, tué sur le coup, Philippe Devise et Pierre Flejou qui n’ont pas survécu à leur blessure.

Psyché (LV Guittet)

CASABLANCA

Coulé par avions de la Task Force, le 8 novembre (10 morts)

1 dossier cénotaphe

Sibylle (CC Kraut Henri)

CASABLANCA

Appareille pour quitter Casablanca ; perdu devant Fedala (mines américaines ?), le 8 novembre (41 morts)

2 dossiers cénotaphe

Sidi Ferruch (LV David Robert)

CASABLANCA

Coulé par avions de l’USS Suwanne, devant Safi au large de Casablanca, le 9 novembre (69 morts)

5 dossiers cénotaphe

Le Conquérant (CC Lefèvre)

CASABLANCA

Veut gagner Dakar ; réussit à appareiller

Coulé par bombardiers US Catalinas, au large de Villa-Cisneros, le 13 novembre (56 morts)

4 dossiers cénotaphe

Le Tonnant (LV Paumier)

CASABLANCA

Veut gagner Dakar ; réussit à appareiller

Se saborde devant Cadix, le 15 novembre (8 morts)

 Sources :

1 – AGASM/National/Monuments des sous-mariniers

2 – La marine française et la guerre 1939-1945 par Philippe Masson (Tallandier)

3 – La Marine française, pendant la seconde guerre mondiale, par amiral Auphan et Jacques Mordal (Hachette) – pages 263 à 293 -

4 – Les sous-marins français des origines (1863) à nos jours par Henri Le Masson (Editions de la cité) – pages 190/191

5 – Dictionnaire des bâtiments de la flotte de guerre française de Colbert à nos jours – Tome II – 1870 à 2006, par le lieutenant de vaisseau Jean-Michel Roche

6 – Sources internet : mettre « opération Torch » sur moteur de recherche (nombreux liens et références d’ouvrages).

 Remarques : de ces sources, on y relève de nombreuses contradictions sur les dates et le nombre des victimes.


       Photo Georges         

 Georges Kevorkian

 Administrateur de l'Association Aux marins


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Abjean 16/10/2014 16:53

Bonjour, je découvre la fin de l'Amphitrite, mon père faisait parti de l'équipage comme timonier, il subit 2 blessures dont un éclat près du foie. Son séjour à Casa, il le termina comme instructeur aux E O R.

hélène O.Paris 12/06/2014 11:37

j'avais treize ans à Oran Il y a eu un deux jours d'échanges de guerre surprise pour nous. Quelques jours après des camions alliés rayonnaient partout Dans le terrain vague en face de notre patio avaient poussé des tentes et les enfants ravis recevaient chocolats et c. Nous apprîmes ainsi nos premiers mots américains: givmichocolats... Puis plusieurs après des prisonniers italiens faisaient la popote des vainqueurs et encore après nos américains les nôtres puisqu'ils demeurèrent suffisamment de temps pour que s'établissent entre nous des échanges d'amitié et quelquefois plus. donc nos américains partirent vers la Tunisie? Vers la Corse? l'Italie? la Provence? la Normandie avec nos Français d'Afrique
dont personne ne parle.
Hélène O. Paris

Kévorkian 02/07/2014 10:06

Merci pour votre commentaire.
Nos articles sont donc lus.
Cordialement
Georges Kévorkian